ÉDITORIAL

Capture d’écran 2016-06-01 à 22.52.46Pr. Gisèle Soubrane – PRÉSIDENTE DU CRO

La première fois est toujours une aventure, quelque soit l’événement. C’est d’autant plus difficile lorsque les prédécesseurs ont été d’une brillance intellectuelle et d’un charisme réel. Tous ceux qui connaissent Yves Pouliquen ont été séduits par son éloquence aimable et sa culture étonnante. Jean Antoine Bernard, l’ami et complice de toujours m’a intronisée dans cette fonction. Ma reconnaissance à son égard est teintée d’angoisse car je n’ai ni son humour ni son esprit d’à propos.

La recherche est l’activité humaine fonda-mentale et constante qui assure notre survie et notre avenir qu’il s’agisse de la recherche d’un toit, de nourriture, de l’or, etc. La recherche est aussi une démarche essentielle dans notre développement intellectuel, artistique et affectif. En médecine, cette recherche tant clinique que fondamentale est l’ingrédient indispensable de tous les progrès.

L’identification et la définition soigneuse des symptômes d’une maladie humaine sont les premières étapes, comme les récentes viroses l’ont clairement mis en évidence. À partir de cette base clinique (un peu imprécise), une large voie s’ouvre pour la recherche de la cause. La description clinique de variantes (phénotypes) qui implique fréquemment la famille et l’entourage des malades atteints, permet une classification plus précise qui oriente les axes de recherche fondamentale. La détermination de ces axes est le fruit d’une réflexion, de discussions (parfois animées, toujours passionnées), d’échanges tout d’abord au sein d’une équipe, du laboratoire de recherche, avant de devenir nationale, voire internationale, si besoin interdisciplinaire. Puis, le choix de l’approche technique va être au centre des préoccupations : étude in vivo, in vitro, génétique, etc. Après un chemin souvent semé de déceptions ou d’échecs, la quête du Graal est parfois couronnée de succès.

Un parcours analogue attend les chercheurs pour identifier un traitement spécifique de la maladie. L’identification des mécanismes de survenue d’une maladie est une étape indispensable vers la thérapeutique. Un esprit novateur suggérera une hypothèse dont la validité devra être testée. Le mécanisme d’action d’un composé doit lui aussi être finement analysé. Lorsque la certitude de son efficacité in vitro est acquise, les études seront effectuées in vivo. Ce n’est que si ces étapes sont passées avec succès que le traitement sera envisagé chez l’Homme. On ne compte pas le nombre de molécules qui ont été jetées aux oubliettes, le nombre d’espoirs qui ont été déçus, le nombre d’innovations qui ont été inutiles.

Alors débute la recherche clinique avec la mise au point des protocoles pour évaluer non seulement l’efficacité mais aussi la toxicité d’un produit chez des patients parfaitement ciblés, traités et suivis. Ces essais cliniques impliquent des malades dont le nombre dépend de la fréquence de l’affection, recrutés dans plusieurs Services, habituellement dans plusieurs pays, encadrés. Le traitement en cours d’évaluation est attribué par randomisation afin d’éviter le plus possible les biais. Chaque consultation de surveillance par un personnel spécifique, formé et contrôlé donne lieu à un compte rendu de visite adressé à un centre de lecture.

Cette description grossière n’est qu’un résumé du parcours du combattant qu’une molé-cule sera dans l’obligation de faire avant de pouvoir être reconnue comme efficace.

L’ensemble des études et des travaux nécessite non seulement un travail d’équipes obstinées et déterminées, une interaction entre les différentes équipes mais aussi un financement important.

Ce n’est pas une surprise, ni un secret que l’un des premiers budgets réduits lors de difficultés économiques est celui de la recherche. La participation et l’implication des malades et de leur famille qui bénéficieront des progrès réalisés, mais aussi de tous ceux pour qui le progrès de la connaissance est d’un intérêt majeur devient indispensable.

Votre soutien, votre volonté et votre présence reste un moteur essentiel d’avancement pour que notre slogan « Tous unis pour la vision » demeure une réalité.

Centre de Recherche Ophtalmologique